Trouvez-vous surprenant qu’il existe très peu de recherches universitaires sur les programmes d’emploi pour lesquels le Canada et d’autres pays dépensent des milliards de dollars? Ce n’est pas comme si le gouvernement ne gardait pas trace des personnes qui obtiennent un emploi après avoir suivi ces programmes, mais il est rare de voir une étude comparer les résultats des personnes ayant suivi des programmes à ceux des personnes qui n’en ont pas suivi, ou des études qui répartissent des personnes de manière aléatoire afin qu’elles suivent un programme ou non. Et c’est précisément ce en quoi consiste l’étude de Helgesson et collab. En effet, elle compare les résultats en matière d’emploi de femmes immigrantes ayant bénéficié d’une aide à la recherche d’emploi à ceux de femmes qui n’ont reçu que les services de base (base de données sur les offres d’emploi, mise en relation des entreprises et de la main-d’œuvre…) du Service public suédois pour l’emploi. L’étude s’inscrit dans une étude plus vaste, dont les résultats complets ne sont pas encore disponibles.
Les chercheur·euses ont choisi les immigrantes en fonction de leur profil d’études, car en Suède comme au Canada, le taux de chômage des immigrantes est bien supérieur à celui des hommes immigrants et des femmes non immigrantes. Le programme d’aide à la recherche d’emploi utilisé dans le cadre de l’étude a été spécialement conçu pour les nouvelles arrivantes et prend en compte leur manque d’expérience professionnelle et leurs responsabilités en matière de garde d’enfants. Dans le cadre de ce programme, les femmes ont été réparties en petits groupes afin de définir leurs compétences et leurs aspirations professionnelles et de les comparer aux possibilités d’emploi disponibles, puis de rechercher un emploi adéquat. En outre, les intervenant·es ont contribué à la mise en relation entre les entreprises et les personnes en recherche d’emploi en aidant les femmes à postuler, à passer des entretiens et, parfois, à assurer un suivi. Le programme a été mis en œuvre dans 16 sites pour une durée de 3 ans; cette étude s’est déroulée de mars 2019 à septembre 2020 et a regroupé 1 660 participantes pour lesquelles des données étaient disponibles pendant au moins 15 mois. Les personnes qui ont accepté de participer à l’étude ont été réparties de manière aléatoire afin de suivre le programme d’aide à la recherche d’emploi ou de recevoir les services de base du Service public suédois pour l’emploi.
Leurs conclusions correspondent à ce qu’espère tout prestataire de services d’emplois : c’est-à-dire que l’aide à la recherche d’emploi est utile (voir la figure 1 ci-dessous). Quinze mois après le début de l’étude, 40 % des membres du groupe ayant suivi le programme d’aide à la recherche d’emploi ont décroché un emploi, contre seulement 30 % des membres du groupe ayant reçu des services de base. Cette différence de 10 % en termes d’emploi peut également être envisagée sous un autre angle : les membres du groupe ayant suivi le programme d’aide à la recherche d’emploi étaient 33 % plus susceptibles de décrocher un emploi par rapport au groupe témoin au bout de quinze mois.
Il convient de noter que la différence entre les deux groupes ne commence à apparaître qu’au bout de cinq ou six mois. Si les analyses s’étaient achevées au bout de trois mois, aucune différence n’aurait pu être détectée.

Vous pensez peut-être que cette étude n’a fait que confirmer ce que vous saviez déjà. Cependant, elle apporte des précisions sur le degré d’utilité du programme d’aide à la recherche d’emploi et sur la période à partir de laquelle la différence commence à apparaître. En outre, l’étude plus vaste dans laquelle s’inscrit cette étude vise également à calculer un élément d’un grand intérêt pour les bailleurs de fonds : le retour sur investissement. Helgesson et collab. s’attendaient à ce que les coûts supplémentaires engendrés par le programme d’aide à la recherche d’emploi soient rentabilisés si les membres du groupe conservaient leur avantage en matière d’emploi par rapport au groupe témoin pendant dix-huit mois supplémentaires après la période de quinze mois.
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