Les prisons canadiennes tentent de trouver un équilibre entre la nécessité de contrôler les délinquant·es et celle « de les aider et de les encourager à devenir des citoyen·nes respectueux de la loi » [1]. Les programmes d’aide à l’emploi font généralement partie du soutien fourni aux détenu·es pour les aider à se réinsérer dans la société. Dans le cadre de leur étude systématique et de leur méta-analyse sur les interventions d’aide à l’emploi destinées aux personnes détenues, Connell, Birken, Carver, Brown et Greenhalgh s’interrogent sur l’efficacité de ces interventions. Ils soulignent que plus de 10 millions de personnes sont incarcérées dans le monde et que la plupart d’entre elles seront libérées un jour ou l’autre. Il est donc important que la société connaisse l’efficacité des services de réinsertion.
Une méta-analyse consiste à trouver, à évaluer et à rassembler les résultats de recherches. Les méta-analyses exigent de recourir à des méthodes très complexes en raison des différences considérables entre les études examinées (ex. : indicateurs de réussite, interventions utilisées). Dans le cadre de leur méta-analyse, Connell et ses collègues ont cherché dans des bases de données des études comparatives à répartition aléatoire (c.-à-d., des études dans lesquelles les participant·es ont été affectés de manière aléatoire à un groupe témoin ou de référence, ou à un groupe d’intervention) évaluées par des pairs (c.-à-d., des études que d’autres expert·es ont évaluées avant leur publication) et dont les participant·es étaient âgés d’au moins 18 ans. Leurs recherches ont permis de répertorier 2 332 études possibles, qui ont été examinées en surface selon les critères précédents, ce qui a permis de retenir 118 études, toutes basées aux États-Unis. Ces études ont été examinées en détail, et seules 12 d’entre elles répondaient aux critères.
Ces 12 études rassemblent 2 875 personnes participantes et présentent des différences considérables. Par exemple, certaines se concentrent sur des participant·es consommant des drogues ou souffrant de maladies mentales graves, tandis que d’autres visent à mettre à l’essai des services de placement et de soutien individuels. Certaines incluent des programmes d’aide à l’emploi combinés à un soutien plus large, alors que d’autres visent à proposer des programmes en prison ou dans la communauté. Certaines s’appuient sur des groupes témoin pour effectuer une comparaison entre les groupes ayant fait l’objet d’une intervention et ceux n’ayant fait l’objet d’aucune intervention. D’autres différences ont été constatées dans la manière dont les résultats en matière d’emploi ont été mesurés. Les 12 études incluent 36 résultats en matière d’emploi, mais aucune ne mentionne le type d’emploi obtenu. Dans certaines études, les durées des périodes d’emploi sont incluses dans les résultats (même s’il s’agissait d’une seule journée), et dans d’autres, les emplois étaient pris en compte selon différents intervalles de temps.
Voici les principales conclusions de Connell et ses collègues :
- Les personnes ayant participé aux programmes d’aide à l’emploi ont été 2,5 fois plus susceptibles d’obtenir un emploi que les personnes appartenant aux groupes témoin (mais l’emploi peut n’avoir duré qu’une seule journée);
- Les personnes ayant participé aux programmes d’aide à l’emploi ont travaillé plus d’heures ou de jours que les personnes appartenant aux groupes témoin;
- Lors des suivis après 6 mois et 12 mois des personnes ayant obtenu un emploi, aucune différence n’a été constatée entre les groupes ayant suivi des programmes d’aide et les groupes témoin.
En bref, les programmes d’aide à l’emploi aident les ex-détenu·es à trouver un emploi, mais aucune donnée ne prouve qu’ils les aident à se maintenir en emploi au-delà des premiers mois. Pour les personnes travaillant dans le domaine du développement de carrière, les principaux points à retenir sont les suivants : (a) les programmes d’aide à l’emploi aident les personnes qui sortent de prison à trouver un emploi (b) il faut déployer davantage d’efforts pour aider les ex- détenu·es à conserver leur emploi et (c) il faut mener beaucoup plus de recherches dans ce domaine.
[1] Service correctionnel Canada. https://www.csc-scc.gc.ca/text/pblct/sb-go/02-fra.shtml https://www.csc-scc.gc.ca/text/pblct/sb-go/02-eng.shtml
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