Le mentorat est l’une des interventions les plus anciennes en matière de développement de carrière, apparue probablement peu de temps après une autre intervention ancienne : l’éducation des enfants! De nos jours, le mentorat est soutenu par le monde des affaires et son efficacité a fait l’objet de nombreuses études concrètes. Nous sommes peut-être convaincus que le mentorat fonctionne, mais cette étude de Wu, Thiem et Dasgupta (2022) étudie la différence entre les effets du mentorat sur les femmes selon le sexe de la personne mentore et la durée de ces effets. Elles étudient ces questions, car elles s’intéressent à la réussite des étudiant·es généralement sous-représenté·es dans les programmes de sciences, de technologie, d’ingénierie et de mathématiques (STIM), comme les femmes.
L’étude de Wu et ses collègues est longitudinale, c’est-à-dire qu’elle suit les participantes au fil du temps. Au départ, 150 étudiantes de premier cycle intéressées par l’ingénierie ont été réparties au hasard dans l’un des trois groupes suivants : les étudiantes ayant une mentore, un mentor ou aucun·e mentor·e pendant leur première année d’université (il s’agit d’une étude américaine). Dans une étude antérieure, elles ont fait état de ce qui se passe durant les deux premières années entre ces différents groupes (en bref, les femmes ayant une mentore ont bénéficié d’un meilleur rendement scolaire que celles ayant un mentor ou n’ayant pas de mentor·e. Elles n’ont pas non plus subi les désavantages associés à la présence d’un mentor [anxiété plus élevée, motivation, appartenance, confiance et aspirations plus faibles à l’égard de l’ingénierie]). Dans cette étude, les aspects ci-dessous des trois groupes ont été comparés jusqu’à un an après l’obtention du diplôme :
- Expérience psychologique en ingénierie
- Aspirations en matière d’études supérieures en ingénierie
- Bien-être émotionnel
- Réussite dans l’obtention de stages en ingénierie
- Poursuite des études en STIM jusqu’à l’obtention du diplôme
L’équipe de recherche a prédit que les mentores agiraient comme un « vaccin social » (une composante du modèle d’inoculation des stéréotypes1), ce qui permettrait aux étudiantes de mieux ignorer les stéréotypes négatifs et de maintenir leur intérêt et leur persévérance dans la poursuite des STIM. Elle ne s’attendait pas à ce que les mentors agissent comme un « vaccin social » et, par conséquent, elle s’attendait à ce que le groupe d’étudiantes ayant des mentores obtienne des résultats plus positifs dans tous les aspects par rapport aux groupes d’étudiantes ayant des mentors ou n’en ayant pas. Les procédures statistiques utilisées sont complexes, mais elles confirment la signification statistique des conclusions que chacun·e d’entre nous pourrait tirer en regardant le graphique ci-dessous. La ligne très claire et fine représente le point de départ des étudiantes en ce qui concerne la confiance, la motivation à poursuivre leurs études en ingénierie, la motivation à poursuivre des études supérieures en ingénierie et leur bien-être. Bien que l’évolution de chacune de ces variables soit différente entre la première année d’études postsecondaires et l’année qui suit l’obtention du diplôme, le graphique 1 ci-dessous montre que les étudiantes ayant des mentores s’améliorent, ou du moins, ne perdent pas de terrain sur ces variables, contrairement aux étudiantes ayant des mentors ou n’ayant pas de mentor·e.

Ce qu’il faut retenir, c’est que certains contextes, en l’occurrence celui de l’ingénierie, envoient des signaux à certains groupes, comme les femmes, leur indiquant qu’elles ne sont pas au bon endroit et qu’elles n’y ont pas vraiment leur place. Dans ce contexte, l’aide d’un autre membre de son groupe (dans ce cas-ci, les femmes) permet à une personne d’ignorer plus facilement ces signaux ou de ne pas être affectée par ceux-ci.
1Dans un souci d’économie d’espace, ce graphique combiné a été créé simplement pour fournir une vue d’ensemble des résultats. L’article en question comprend des graphiques détaillés qui montrent l’évolution réelle des résultats.
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