En tant que professionnel·les de la relation d’aide, les PDC doivent être sensibles à la réalité de leur clientèle, qui porte parfois en elle un bagage de vie empreint d’expériences difficiles. Les hommes abusés sexuellement à l’enfance et à l’adolescence (HASE) vivent avec des traumatismes qui peuvent avoir un impact négatif sur plusieurs dimensions de leur vie, dont leur engagement professionnel. En raison de leurs expériences traumatisantes, les HASE sont plus propices au développement de multiples troubles psychologiques, tels que le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou une dépression majeure. Ils présentent également des résultats académiques plus faibles que la moyenne, des difficultés d’adaptation, une confiance en soi et aux autres déficiente, un taux de chômage plus élevé et une rémunération plus faible.
Dans leur étude, Samson et ses collègues cherchent à déterminer si le rapport au travail des HASE inclut une valeur expressive, c’est-à-dire si l’activité professionnelle contribue à une quête d’épanouissement et d’actualisation de l’identité. Pour ce faire, l‘équipe de recherche a rencontré 28 hommes ayant eu recours aux services d’aide des organismes pour HASE à Montréal, Sherbrooke et Trois-Rivières (Québec).
Les données recueillies illustrent les différences majeures entre la réalité des HASE et celle de la population générale masculine : les HASE ont été diagnostiqués à plus de 50 % avec des troubles de santé mentale, contre 9,7 % pour la population masculine en général. L’étude montre aussi que le fait d’avoir été agressé par un membre de sa famille nuit particulièrement au sentiment d’auto-efficacité au travail, au concept de soi professionnel et à la satisfaction au travail. La conception du soi professionnel est cependant plus positive pour les HASE qui ont reçu de l’aide psychologique que ceux qui n’en ont pas eu.
Les entrevues indiquent que le rapport au travail des HASE est grandement affecté par les traumatismes vécus. Pour certains, le rapport au travail est dénué d’ambition et l’accomplissement professionnel est incompleta alors une valeur principalement instrumentale. Pour d’autres, le travail est plutôt une forme d’exutoire, une manière de fuir ses souvenirs douloureux : un répondant compare le travail à la drogue afin d’oublier son passé. Le rapport au travail des HASE peut aussi se manifester comme une manière de reprendre le contrôle sur son existence, notamment en exerçant une profession d’autorité ou en étant très performant au travail. Finalement, pour d’autres répondants, le travail est plutôt source d’anxiété et de crainte – surtout lors de la socialisation au travail.
À la lumière de ces résultats, Samson et ses collègues concluent que les dimensions psychologiques nécessaires à la réalisation de soi (la régulation émotionnelle, le sens de l’identité et les capacités relationnelles) sont affectées par les abus sexuels. Le rapport au travail des HASE est donc réduit à sa dimension instrumentale. Les HASE méritent pourtant que leur travail soit vecteur de bonheur, de sens et d’accomplissement, ce à quoi les PDC peuvent contribuer par leur intervention.
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