La pandémie de COVID-19 a révélé une tendance, déjà en place depuis plusieurs années, concernant la difficulté de plusieurs milieux à attirer et à garder les personnes employées. C’est le cas en particulier pour les secteurs qui sont déjà en pénurie de personnel, comme le secteur de la santé. Dans ce contexte, comment les PDC et les organisations peuvent-elles encourager le maintien à l’emploi des salarié·es?
Cette étude s’est penchée sur les pratiques organisationnelles dans le secteur de la santé, soit un des secteurs qui présentent le plus de difficultés pour la conciliation entre la vie professionnelle et la vie personnelle, pour tenter d’évaluer les mesures que le personnel infirmier et en réadaptation trouvent plus intéressantes en la matière. Lazzari Dodeler et Tremblay ont exploré cette problématique en partant des hypothèses suivantes :
- Les préférences des professionnel·les du secteur en termes de conciliation travail/vie personnelle varient tout au long de leur parcours de vie selon leur âge et leur genre;
- 2. Des pratiques de conciliation travail/vie personnelle prenant en compte cette diversité tendent à favoriser la prolongation de la vie professionnelle.
Les autrices ont procédé à partir d’un échantillon regroupant des participant·es de plusieurs organisations qui opèrent dans le secteur de la santé, composé de 18 infirmier·ères et 12 professionnel·les de la réadaptation d’âges variés. Pour pallier les difficultés en termes de conciliation travail/vie personnelle, une variété de pratiques organisationnelles pouvant avoir une incidence sur le maintien en emploi des professionnel·les de la santé a été identifié par les autrices :
- La retraite progressive;
- La retraite combinée à l’emploi à temps partiel;
- Les horaires flexibles;
- La semaine réduite à 4 jours;
- La semaine comprimée en 4 jours;
- Le temps partiel volontaire;
- La mobilité interne;
- Le mentorat;
- Le fait de donner de la formation;
- La mise en place d’un mode de gestion participatif.
Parmi ces pratiques, Lazzari Dodeler et Tremblay notent par exemple que le temps partiel volontaire est particulièrement intéressant pour les mères et qu’une mesure comme la retraite progressive est perçue favorablement chez les infirmières.
Qu’est-ce qui peut expliquer que les différents parcours de vie ne sont pas plus souvent pris en compte lorsqu’il est question de la conciliation travail/vie personnelle? C’est possiblement lié au fait que les croyances à propos de la carrière qui sous-tendent la prise de décision des organisations ne prennent pas en compte la diversité des parcours. Le modèle de carrière traditionnel s’est construit à partir de référents masculins et selon une représentation linéaire de la carrière. Il semble cependant que ce modèle soit en déclin, alors qu’on observe de plus en plus de parcours marqués par un renouveau de carrière chez les personnes proches de l’âge de la retraite. Les autrices notent également que l’interdépendance entre les sphères familiale et professionnelle semble moins marquée chez les hommes que chez les femmes, ce qui implique l’existence de besoins différenciés au niveau de la conciliation travail/vie personnelle.
Que peut-on retirer de cette étude?
- Au niveau théorique : il semble pertinent de retravailler la théorie des carrières afin de tenir compte de la variété en termes d’âge et de genre;
- Pour la mise en action : il est important d’encourager les organisations à mettre en place des mesures de conciliation qui prennent en compte les différentes formes de diversité en simultané, afin d’offrir des possibilités de conciliation travail/vie personnelle qui répondent réellement aux besoins des personnes selon les caractéristiques de leur parcours de vie.
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