Dans le contexte d’incertitude et d’instabilité qui caractérise actuellement le marché du travail, les parcours professionnels sont marqués par des transitions et des reconversions de plus en plus fréquentes. Comment outiller les personnes que nous accompagnons afin d’optimiser leurs chances de vivre une expérience de reconversion positive?
Cette étude qualitative s’est penchée sur le parcours de femmes ayant vécu des situations d’exclusion sociale qui les ont menées à douter de leur capacité à faire un retour aux études ou sur le marché du travail. Les participantes de l’étude étaient toutes des femmes en situation de chômage de longue durée et majoritairement monoparentales. Dionne, Saussez et Bourdon ont examiné comment les apprentissages réalisés lors d’un programme d’intervention en groupe de 18 mois ont permis aux participantes de développer de nouvelles capacités à agir sur leur propre processus de reconversion.
Le programme d’intervention a eu recours à un type d’apprentissage particulier : le système d’action. Cette approche mise sur la prise de conscience comme source de développement personnel. Par exemple, plutôt que de dicter une suite d’action aux participantes, les intervenant·es les encouragent à réfléchir à la séquence d’actions à entreprendre pour atteindre un objectif de réinsertion sociale et professionnelle. Cette approche permet une meilleure prise de conscience des étapes nécessaires pour atteindre un but et augmente la prise de pouvoir des participantes sur leur parcours de reconversion.
Plus concrètement, l’équipe de recherche s’est penchée sur l’évolution des participantes du projet d’action collective organisé par les intervenantes. Deux systèmes d’actions transmis par les intervenantes ont été analysés :
- La structuration en groupe d’un horaire de vie et de conciliation travail-études-famille, soit la mise en place d’un horaire de vie pour permettre aux participantes d’accorder un espace à leur rôle de travailleuse ou d’étudiante;
- La systématisation des actions dans le travail collectif, soit l’établissement des normes de groupes et de responsabilités partagées visant à faciliter le travail d’équipe pour réaliser un projet de bottin de ressources communautaires. Ce processus était accompagné de moments de réflexion quant au fonctionnement collectif et individuel.
Les résultats obtenus montrent que la participation à un groupe d’insertion sociale et professionnelle centré sur le développement de nouvelles capacités d’agir a permis à la majorité des participantes d’effectuer une reconversion professionnelle – soit un retour aux études ou l’accès à un nouvel emploi. Le sentiment d’efficacité ressenti au moment de mettre en œuvre les actions planifiées a permis aux participantes d’envisager des possibilités de reconversion jusqu’alors insoupçonnées ou invalidées. Cette prise de conscience s’accompagne d’une nouvelle prise de pouvoir sur leur vie, ce qui leur ouvre la possibilité de concilier leurs différents rôles sociaux auparavant perçus comme incompatibles (ex. mère, travailleuse, étudiante).
Une reconversion professionnelle peut être déstabilisante et engendrer de l’incertitude. En centrant les interventions en développement de carrière sur l’acquisition de nouvelles capacités, les PDC peuvent contribuer à une expérience positive de reconversion en renforçant le sentiment d’efficacité des personnes en situation d’exclusion économique ou sociale.
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