La pandémie de COVID-19 a forcé l’implantation rapide de nouveaux outils numériques afin d’assurer l’accès aux services d’emploi et de carrière. C’est donc dans un contexte où les pertes d’emploi et les remises en question liées à la carrière étaient en augmentation que beaucoup de personnes intervenantes ont dû migrer leurs services en ligne. Cette pratique semble maintenant s’être installée de façon durable dans la boîte à outils de certain·es PDC. Mais est-ce que le virage numérique est réellement avantageux pour les personnes clientes?
Une étude menée par Dionne et ses collègues a tenté de dresser un portrait des avantages et des limites de la télépratique pour l’intervention en développement de carrière. L’équipe de recherche s’est intéressée aux ressources disponibles et aux facteurs qui entravent ou soutiennent la transformation de ces ressources en capacités réelles à s’orienter ou s’insérer sur le marché de l’emploi. Au total, 149 personnes conseillères intervenant auprès de groupes ont complété le questionnaire en ligne et 26 ont également participé à des groupes de discussion virtuels. Les participant·es étaient en majorité des femmes (82 %), nées au Canada (82 %), ayant en moyenne 39 ans.
L’équipe de recherche a identifié certains facteurs qui auraient tendance à augmenter ou diminuer les inégalités liées à l’usage du numérique dans les interventions de groupe en développement de carrière.
Parmi les facteurs négatifs, notons :
- • Le manque d’équipements nécessaires à la télépratique (e.g. un seul ordinateur pour toute la famille, connexion Internet insuffisante);
- • Un espace qui ne permet pas d’assurer la confidentialité (e.g. situation de violence conjugale, logement sans pièce fermée);
- • Des enjeux de littératie numérique;
- • L’interdictions de la Cour d’utiliser Internet pour certaines personnes judiciarisées;
Il y a aussi moins de soutien et d’interactions informels en ligne qu’en présentiel; ainsi que moins de discussions sur des sujets sensibles.
Parmi les facteurs positifs, soulignons :
- Une meilleure conciliation des différentes sphères de la vie (e.g. meilleure flexibilité des horaires, élimine le besoin de se déplacer, accès facilité à des personnes-ressources externes);
- L’accès à du contenu de façon asynchrone;
- Le recours accru aux documents collaboratifs entre les participant·es durant les interventions;
- Les apprentissages liés à la télépratique comme source de développement des compétences numériques, autant chez les personnes participantes qu’intervenantes.
On peut ainsi conclure que les inégalités numériques exacerbent les inégalités sociales, entre autres en rendant moins accessible des services publics d’emploi ou de carrière auprès de populations qui n’ont pas déjà développé des compétences numériques ou qui n’ont pas accès à du matériel informatique de qualité. Ces inégalités sont compensées de façon différente selon les organismes, qui n’ont pas tous accès au même financement pour le prêt de matériel et l’accès aux logiciels nécessaires. À partir de ces observations, les PDC peuvent mettre en place certaines bonnes pratiques pour favoriser un accès plus équitable aux services virtuels :
- S’assurer, lors d’une rencontre préalable, que les participant·es ont l’équipement et l’espace nécessaires pour assurer la confidentialité. Autrement, leur offrir la possibilité de participer dans les locaux ou avec les équipements de l’organisme;
- Suivre et proposer des ateliers visant le développement de compétences liées au numérique.
Selon cette étude, la transition au numérique forcée par la pandémie peut être porteuse de justice sociale, en facilitant l’accès aux services d’emploi et de carrière, à condition de mettre en place les conditions nécessaires pour assurer un réel accès aux ressources pour les populations les plus marginalisées.
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